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Horaires des terrasses estivales : la mairie de Paris invoque les Jeux Olympiques pour passer une nouvelle fois en force


Horaires des terrasses estivales : la mairie de Paris invoque les Jeux Olympiques pour passer une nouvelle fois en force

Invoquant les festivités des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris, la Maire de Paris a décidé d'étendre jusqu'à minuit, au lieu de 22 h, les horaires d'ouverture des terrasses estivales du 1er juillet au 8 septembre 2024. Elle est ainsi passé une nouvelle fois en force, contre la volonté des associations de riverains et en faisant des habitants la cinquième roue du carrosse municipal, après les touristes, après le lobby des intérêts économiques de la nuit, etc. Dans le 8e arrondissement, les habitants les plus concernés, par exemple dans le quartier de la rue de Ponthieu, apprécieront...

En conséquence de cette décision municipale, trois associations de riverains et de lutte contre les nuisances sonores ont annoncé quitter le Conseil de la Nuit et ont demandé la démission de Frédéric HOCQUARD, Adjoint à la Maire de Paris en charge du tourisme et de la vie nocturne, par ailleurs ancien Directeur d'Arcadi, organisme culturel d'Île-de-France. Le Parisien en a rendu compte dans un article de son édition du 19 mars.

Pour ma part, j'ai la conviction que nous avons atteint les limites d'une politique et d'un système de la nuit. Une analyse de l'association de riverains "Droit au sommeil" le chiffre. Il faut maintenant renforcer la prévention, les contrôles et les sanctions. Il faut aussi nous interroger sur le Paris que nous voulons et pour qui.


Lettre ouverte des associations de riverains à Anne HIDALGO pour demander la dissolution du Conseil de la nuit.
Lettre ouverte des associations de riverains à Anne HIDALGO pour demander la dissolution du Conseil de la nuit.

​Depuis la réforme du Règlement des étalages et terrasses de juin 2021, des "terrasses estivales” peuvent être installées sur l’espace public chaque année, du 1er avril au 31 octobre, avec fermeture obligatoire à 22 h. Ces terrasses - qui s'ajoutent aux terrasses habituelles - sont soumises à une autorisation que les commerçants doivent demander avant l’installation. Au 1er avril de l'année concernée, seuls les commerçants ayant reçu cette autorisation peuvent installer leur terrasse.

 

Sommaire :

 

Une Maire de Paris velléitaire plus que volontaire

Dans sa lutte contre les terrasses bruyantes et pour faire respecter la tranquillité des riverains, la Maire de Paris apparaît plus velléitaire que volontaire, qu'il s'agisse de la prévention, des contrôles ou des sanctions. "Nos demandes de régulation, aux assemblées plénières, sont systématiquement refusées", déplorent les associations pour motiver leur défection. "Aucun objectif chiffré de la réduction de la pollution sonore n'est fixé, aucune action n'est jamais menée après exploitation des données des capteurs de Bruitparif", regrettent-elles encore.

La réduction des nuisances sonores est pourtant un enjeu décisif de santé publique et environnementale, ainsi que de qualité de vie à Paris, l’une des capitales les plus denses au monde. A côté du bruit routier, le bruit de voisinage, notamment celui des terrasses bruyantes et des établissements de nuit, est l'autre source de nuisances sonores dans la capitale. Selon la propre communication de la Ville de Paris, le bruit fait perdre aux Parisiens plus de 8 mois d’espérance de vie en bonne santé. Ses effets extra-auditifs sont nombreux : troubles du sommeil, gêne, risques cardiovasculaires accrus, difficultés de concentration, retards dans les apprentissages, etc.


Des Pierrots de la Nuit ni efficaces ni efficients

Parmi les actions que la Ville de Paris mène, sans grande conviction, figure le dispositif "Les Pierrots de la Nuit". Chargée par la Ville de Paris d'effectuer de la médiation entre clients, gérants de bars ou de restaurants et riverains, l'association créée en 2010 au lendemain des "Etats Généraux de la Nuit", se présente ainsi : "Les Pierrots de la Nuit mènent des actions de médiation et de conseil pour prévenir les nuisances sonores liées aux lieux de vie nocturne (restaurants, bars, clubs, salles de concerts, festivals). Ils sensibilisent également les noctambules par des interventions artistiques dans les rues animées. L’objectif de l’association est de préserver la vitalité de la nuit parisienne dans le respect du cadre de vie des riverain-e-s (sic)".

Le bilan de l'action des Pierrots de la Nuit interroge. Les nuisances sonores causées par les terrasses n'ont guère diminué depuis la création de l'association. Pour autant, elle a perçu plus d'un million d'euros de subventions de la Ville de Paris depuis 2010. Elle n'est donc ni efficace ni efficiente. Surtout, le but poursuivi par l'association est ambigu : cherche-t-elle à modifier un statu quo insatisfaisant en réduisant les nuisances sonores causées aux riverains, ou veut-elle simplement maintenir ce statu quo en se contentant de mettre de l'huile dans les rouages des relations entre parties prenantes, de sorte que l'activité des bars et restaurants puisse se poursuivre, tant bien que mal ?

Nous atteignons ici les limites d'une démarche "collaborative", de "dialogue" et de "concertation" entre des parties prenantes dont les intérêts sont objectivement difficiles à concilier. Au-delà d'un certain niveau de nuisances sonores, ma conviction est que la solution réside moins dans la médiation que dans la sanction. N'oublions pas les vertus préventives de cette dernière.


Renforcer la prévention, les contrôle et les sanctions

Afin de préserver un équilibre et une cohabitation aussi harmonieuse que possible entre vivre et travailler à Paris, la Maire de Paris doit renforcer la prévention, les contrôles et si besoin les sanctions de l'activité des terrasses estivales.

De son côté, comme je l'avais défendu dans un vœu au cours de notre Conseil d'arrondissement du 22 janvier, la Mairie du 8e arrondissement doit mettre en place un Comité local d'évaluation, de contrôle et de réduction des nuisances sonores dans l'arrondissement, à l'instar de l'expérience réussie dans le 17e arrondissement voisin. Ce Comité serait chargé de suivre la mise en œuvre du "Plan parisien d'amélioration de l'environnement sonore" dans le 8e arrondissement, de prioriser dans l’arrondissement les espaces stratégiques en termes de nuisances sonores, et de formuler des propositions - en concertation avec les membres des conseils de quartier concernés - pour contribuer à améliorer l’environnement sonore dans l’arrondissement. Ce Comité sera notamment destinataire d'un premier bilan, puis de bilans périodiques, sur l'utilisation du sonomètre par la police municipale dans le 8e arrondissement.



Quel Paris voulons-nous ?

Le passage en force de l'extension horaire des terrasses estivales renvoie, plus largement, à la question des finalités et des bénéficiaires des politiques de la municipalité actuelle. Pour qui Anne HIDALGO gère-t-elle la capitale et quel avenir lui prépare-t-elle ? Depuis 2014 et son premier mandat, à chaque fois que les intérêts des Parisiens sont entrés en conflit avec les intérêts d'autres parties prenantes de la vie de la capitale, la Maire de Paris a trop souvent arbitré en faveur des seconds et aux dépens des premiers.

La capitale est ainsi devenue le premier marché mondial de la plateforme de location de logements entre particuliers Airbnb, avec les effets pervers bien connus d'éviction des habitants et de renchérissement des loyers. C'est pourtant le même Frédéric HOCQUARD, cette fois avec sa casquette "tourisme" et non "vie nocturne", qui avait dénoncé les comportements de certains professionnels de l'immobilier participant d'un "capitalisme de prédation". L'enjeu de la régulation du tourisme est celui d'un tourisme plus durable, "qui tienne pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux, actuels et futurs, répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels de l’environnement et des communautés d’accueil", suivant la définition de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

Bien sûr, "Paris est une fête". Il existe une culture parisienne de la sortie, dans les clubs, les salles, etc. Des événements - au demeurant plus ou moins réussis - sont aussi organisés : festivals des arts de la rue, fêtes de quartier, Nuit blanche, Paris plages, fête de la musique, etc. Mais Paris n'est pas qu'une fête. Paris, ce n'est pas seulement "l'homo festivus". Améliorer le cadre et la qualité de vie à Paris doit être une priorité pour enrayer la fuite des Parisiens. C'est un cercle d'autant plus vertueux que ce sont les Parisiens et leur mode de vie "à la vie parisienne" qui, avec le riche patrimoine culturel de la capitale, sont à la source même du succès touristique durable de Paris. A condition que soient aussi améliorées les politiques municipales dans les domaines de la propreté, de la sécurité et des déplacements...

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