L'essentiel du Conseil de Paris de novembre 2025 : une fin de mandat sous haute tension
- Catherine Lécuyer

- 21 nov.
- 4 min de lecture

À quatre mois des élections municipales de 2026, le Conseil de Paris de ce mois de novembre a été le théâtre d’affrontements politiques majeurs. Entre une dette qui explose, une insécurité grandissante dans les écoles et une gestion du quotidien défaillante, la majorité municipale semble à bout de souffle. Retour sur 4 jours de débats décisifs du 18 au 21 novembre.
Finances : la dérive budgétaire confirmée
La situation financière de la Ville est plus qu'alarmante ; elle devient critique. Les débats ont confirmé ce que nous dénonçons depuis des années : une absence totale de rigueur qui hypothèque l'avenir des Parisiens.
Une dette record : la dette parisienne continue sa course folle pour atteindre 12 Md€ en 2026, soit une multiplication par 10 en 25 ans !
Des dépenses non maîtrisées : les dépenses de fonctionnement ont augmenté de plus d'1 Md€ en six ans. Malgré la crise, la Ville continue d’embaucher et de verser des subventions non prioritaires.
L'alerte de la Chambre régionale des comptes : la Chambre a confirmé l’insuffisance de la maîtrise budgétaire, s’inquiétant officiellement de l’impact pour les générations futures.
Pour aller plus loin : mon analyse Paris à crédit : improvisation et privilèges, le vrai visage de la gestion de la capitale.
Scandale dans le périscolaire : la confiance rompue
Ce Conseil a été marqué par le choc des révélations sur les violences sexuelles dans le périscolaire.
Des chiffres effrayants. 52 animateurs ont été suspendus en trois ans, dont 16 rien qu'en 2025, avec des cas gravissimes incluant une plainte pour viol aggravé sur un enfant de quatre ans.
Une réaction tardive. Si la Ville a annoncé un renforcement des formations, ces mesures sont trop tardives face à un déni qui a trop duré.
Le "Défenseur des enfants". La création de ce poste, bien que présentée comme une avancée, suscite de lourds doutes quant à son indépendance réelle vis-à-vis de l'exécutif et ses moyens d'action.
Éthique et protection de l'enfance : le scandale Shein
Un scandale éthique majeur a éclaté début novembre : la découverte de la vente, par plusieurs plateformes de e-commerce dont Shein, de poupées sexuelles imitant l'apparence d'enfants.
Une réaction trop lente. Il est inadmissible que ces produits n’aient été retirés de la vente qu’après un signalement judiciaire.
Un danger avéré. Le risque est réel. Une étude psychiatrique citée lors des débats révèle que la moitié des acheteurs de ce type de produits pourraient passer à l'acte sur des mineurs.
L'insuffisante action de la Ville. Face à l'indignation légitime, la Ville s'est contentée d'exhorter à lancer une campagne de sensibilisation sur l’impact des choix de consommation, alors que ces marques sont déjà au cœur de nombreuses polémiques.
Logement : l’idéologie plutôt que l’efficacité
La politique du logement de la Ville de Paris continue de privilégier les opérations symboliques très coûteuses au détriment de l'efficacité réelle pour les mal-logés.
L'affaire de l'Hôtel de Fourcy. Le Conseil de Paris a validé la transformation de ce bâtiment historique de la Place des Vosges (4e arrondissement) en logements sociaux. Une opération "vitrine" à l'impact nul sur la crise du logement, tout comme la transformation du 37 avenue George V (48 M€ pour seulement 23 logements !) que j'ai maintes fois dénoncée. Sans oublier que les locataires n'auront pas les revenus suffisants pour bien vivre dans un quartier très touristique où la vie est particulièrement chère...
Campements de rue. Parallèlement, la gestion des campements de sans-abri est dans l'impasse. Les Mairies d'arrondissement sont démunies face à une bureaucratie lente, tandis que la Ville refuse les évacuations sans solution d'hébergement, créant une situation de blocage au détriment des riverains et de la dignité des personnes.
Cadre de vie et gestion : Paris à la traîne
L'administration parisienne peine à assurer les services basiques aux habitants, comme le soulignent plusieurs rapports accablants.
Éducation : une "crise silencieuse". Le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes est sévère. Alors que le nombre d'élèves a baissé de 15 % en cinq ans, le coût par élève a bondi de 25 % sans aucune amélioration mesurable de la qualité de service. Pire, les budgets scolaires ont été divisés par deux, passant de 153 M€ à 77 M€.
"Plan baignade" : un héritage coûteux. Si la baignabilité de la Seine a permis la tenue des JO, l'héritage financier est lourd. Le coût d'une baignade dans la Seine est estimé à 28 € en 2025, soit trois fois le prix d'une entrée en piscine. La Chambre régionale des comptes alerte dans son rapport dédié sur un résultat incertain et une gouvernance financière à revoir d'urgence.
Piétons en danger. Trottoirs dégradés et obstacles multiplient les accidents. Les indemnisations versées par la Ville atteignent désormais... 2 M€ par an !
Stationnement. Le système de forfaits post-stationnement (FPS) reste opaque et injuste, notamment pour les personnes en situation de handicap, avec des recours obligatoirement dématérialisés sous un mois.
Fourrières. Les pratiques douteuses (remorquages abusifs, corruption, etc.) persistent en 2025. La droite a exigé un audit complet avant tout nouveau marché.
Administration : malaise interne et retard technologique
Ressources humaines. La Ville de Paris fait face à une fuite des compétences et un malaise social profond. Le taux de démission augmente et l'accès au logement pour les agents est insuffisant, avec seulement 500 attribués / an alors que les besoins sont immenses.
Intelligence artificielle. Tandis que l'IA transforme la gestion publique partout en Europe, Paris accumule du retard sans véritable stratégie opérationnelle, manquant l'opportunité de moderniser ses services.
Cet avant-dernier Conseil de Paris de la mandature fut emblématique d'une fin de règne. Face aux urgences sociales, à l'insécurité et à la dérive des comptes publics, la majorité semble dans le déni. Plus que jamais, une alternance crédible et gestionnaire est nécessaire pour redresser Paris en 2026.


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