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Point de vue | À Paris, la norme administrative tue la médecine de proximité

  • il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 7 minutes

Point de vue | À Paris, la norme administrative tue la médecine de proximité

L’histoire serait presque drôle si elle ne touchait pas à ce que nous avons de plus précieux : la possibilité de se soigner au bas de chez soi.

Il y a peu, deux jeunes médecins parfaitement qualifiés se présentent en Mairie avec un projet exemplaire : reprendre un cabinet en rez-de-chaussée dans le 8e arrondissement. La patientèle les attend, les besoins sont manifestes, les praticiens sortants prêts à passer le flambeau. C’était compter sans l'enfer normatif parisien.

Après un calvaire administratif, le couperet tombe : impossibilité de s'installer sans s'acquitter de pénalités financières exorbitantes. La raison ? Une petite ligne réglementaire qui étouffe à elle seule l’avenir médical de nos quartiers.


Le piège des 50 m²

Derrière cet épisode scandaleux se cache un verrou juridique méconnu : l’article 4 bis du règlement municipal des changements d’usage. Ce texte impose une restriction unique à Paris, réservée au seul 8e arrondissement : il limite strictement à 50 m² la surface pouvant faire l’objet d’un changement d'usage sans compensation pour l’exercice d’une profession libérale en rez-de-chaussée. 

Pensée à l'origine pour sanctuariser le logement face à la spéculation, cette règle appliquée aveuglément aux soignants vire à l'absurdité économique et sanitaire. Comment imaginer qu’un cabinet médical moderne puisse tenir dans 50 m² ? Entre les normes impératives d’accessibilité PMR, la salle d’attente et les espaces techniques, tout projet crédible dépasse ce seuil. 

Exiger de jeunes médecins des compensations financières au coût prohibitif - comme s'il s'agissait de fonds de pension ou de loueurs touristiques - pour quelques mètres carrés de soin supplémentaires relève du dogmatisme pur. 


Zéro logement, zéro soignant

L'argument de la Mairie centrale est invariable : "il faut protéger le logement". Bien sûr. Mais de quoi parle-t-on sur le terrain ? Ces locaux en rez-de-chaussée, sombres, bruyants car sur des axes passants, n'attirent pas les familles. Y rétablir une habitabilité décente exigerait des travaux colossaux.

Bloquer des soignants n'a jamais créé le moindre logement familial. Cela réussit uniquement à condamner la permanence des soins. C’est la double peine : zéro appartement gagné, un quartier privé de praticiens. 

Le temps presse. Dans les cinq ans, une part prépondérante de nos médecins de secteur 1 et 2 partiront à la retraite. Si la réglementation continue d’interdire la transmission de leurs locaux aux jeunes successeurs, l'Hôtel de Ville aura contribué à fabriquer de toutes pièces un désert médical au cœur de Paris. 


Le choc de bon sens

Face à cette paralysie, la résignation n'est pas une option. J’interpelle l'Exécutif parisien pour exiger une mesure d'urgence : exclure explicitement et exclusivement les professionnels de santé du champ d’application de l’article 4 bis. 

Il ne s’agit pas d’ouvrir une brèche commerciale, mais d'adapter la règle à l'exigence de santé publique. Cela passe d'abord par une exonération automatique de compensation pour tout local en rez-de-chaussée destiné à des professionnels de santé. Cela exige ensuite une instruction accélérée des dossiers pour bannir définitivement l'inertie administrative. Cela nécessite enfin d'accorder un avis conforme à la Mairie d’arrondissement afin de valider sans délai les installations au plus près des besoins réels du terrain. 

Protéger le logement est une nécessité ; garantir l'accès aux soins est une obligation vitale. En tant qu'élue de terrain, je refuse que le dogme réglementaire sacrifie la santé des Parisiens. Secouons la poussière des normes obsolètes et redonnons enfin à la médecine de proximité la liberté d'exister à Paris.

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