Point de vue | JO Paris 2024 : l’État doit tenir ses promesses d'indemnisation des commerçants
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Promesses grandiloquentes, discours lénifiants et puis... rien ou presque ! En ce mois d'avril 2026, la nouvelle est tombée comme un couperet pour le commerce parisien, suscitant une colère aussi légitime que profonde. En tant que Maire du 8e arrondissement, cœur battant de l'économie et du tourisme parisien, je déplore le mépris évident avec lequel l'État traite nos commerçants. Le bilan de la commission d’indemnisation post-JO est une insulte au bon sens et au travail acharné de nos entrepreneurs.
11 dossiers acceptés sur… 700 !
Rappelons-nous les grands sourires de juin 2024. L'ex-Premier ministre Gabriel ATTAL annonçait alors la création d'une commission d'indemnisation pour soutenir les professionnels impactés. Une plateforme dédiée a finalement vu le jour en mai 2025, gérée par la préfecture de région et la préfecture de police. Nos commerçants y ont cru. Ils ont espéré une véritable reconnaissance de leurs préjudices.
Un an plus tard, le verdict tombe, effarant. Sur environ 700 demandes déposées avec rigueur par des professionnels aux abois, seuls 11 dossiers ont reçu un avis favorable. Pire encore, ces rarissimes dédommagements ne concernent que l'activité fluviale. Pour nos restaurateurs, nos hôteliers, nos gérants de boutiques, c'est le zéro pointé. Les représentants syndicaux, de l'Umih au GHR, ont les mots durs mais justes : nous assistons à une "imposture totale", une véritable "mascarade". L'éléphant a bel et bien accouché d'une souris.
Bienvenue en absurdie
Comment l'administration ose-t-elle rejeter ces dossiers au motif que la baisse du chiffre d'affaires ne serait pas liée aux restrictions des Jeux ? C’est une négation pure et simple de la réalité du terrain ! Des barrières ont fleuri sur nos trottoirs dès le mois de mars 2024, perturbant gravement l'accès aux commerces dans les quartiers mis sous cloche. Dans l’enfer des QR codes, la circulation était restreinte, conditionnée à l'obtention d'un sésame numérique que presque personne ne possédait. Face à ces zones rouges asphyxiées, de nombreux gérants ont été contraints de fermer temporairement leurs portes et de placer leurs équipes en chômage partiel.
Pourtant, cette commission « fantôme » a décidé de n'indemniser que la très courte période du 18 au 26 juillet, ignorant délibérément que la capitale avait été désertée dès le mois de juin en raison de l'angoisse suscitée par ces mêmes restrictions. C'est d'une hypocrisie sans nom. Frank DELVAU, Président de l'Umih Île-de-France, le résume parfaitement : "ce fut une tartuferie totale".
Le cauchemar financier de nos commerçants
Derrière cette froideur bureaucratique, il y a pourtant des drames humains et financiers. Les pertes ne se chiffrent pas en "bricoles", mais atteignent pour certains des millions d'euros !
L'exemple d'un gérant de prêt-à-porter, situé tout près d'un site éphémère comme nous en avons tant connus dans le 8e, est tristement emblématique : 54 000 euros de perte de chiffre d'affaires, des arriérés de loyer non réglés et une "épée de Damoclès" au-dessus de la tête. Et que dire de ce temps et de cet argent gaspillés par les professionnels pour payer des experts et des cabinets de conseil afin de constituer des dossiers que l'on savait d'avance voués à l'échec ?
Rendre des comptes
Ne laissons pas passer ce scandale. Exigeons du Gouvernement des actes immédiats. D’abord, une évolution radicale des critères d'éligibilité pour enfin prendre en compte la réalité du désastre économique subi par nos quartiers. Ensuite, un réexamen systématique des dossiers déjà déposés et rejetés de manière injuste. Enfin, un accompagnement digne de ce nom avec une communication transparente.
Nos commerçants parisiens, et tout particulièrement ceux du 8e arrondissement, ont supporté l'essentiel des contraintes d'un événement qui a fait rayonner la France entière. Ils en ont été les artisans silencieux et sacrifiés. Le temps des illusions est révolu. Battons-nous sans relâche pour que cette injustice soit réparée et que nos commerces obtiennent enfin le respect et les indemnisations qui leur sont dus.

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