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Entretien | "Face au chaos, il est urgent de rétablir une autorité implacable", dénonce Catherine LÉCUYER, maire du VIIIe arrondissement de Paris (Valeurs Actuelles)

il y a 2 jours
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Entretien | "Face au chaos, il est urgent de rétablir une autorité implacable", dénonce Catherine LÉCUYER, maire du VIIIe arrondissement de Paris (Valeurs Actuelles)
Catherine LÉCUYER expose à Bruno RETAILLEAU les pillages et autres saccages dans son arrondissement.

Cet entretien a été publié sur le site web de l'hebdomadaire Valeurs Actuelles le 26 octobre 2026.


L’ENTRETIEN POLITIQUE. Après les violences qui ont frappé plusieurs quartiers de Paris le 17 octobre, Catherine Lécuyer, maire LR du VIIIe arrondissement, dénonce l’impréparation des autorités et raconte la stupeur des commerçants face aux pillages. Au lendemain d’un nouveau week-end sous tension, l’élue revient, de l’intérieur, sur ces journées de chaos et sur la crise de confiance qu’elles ont provoquée.


Valeurs actuelles. Votre arrondissement a été particulièrement touché par les violences du week-end des 17 et 18 octobre. Avec le recul, vous attendiez-vous à un tel déferlement ?

Catherine Lécuyer. Nous n’avons pas été surpris par les violences, mais par le manque de préparation en amont. Nous n’avons reçu aucune directive. La préfecture de police se voulait plutôt rassurante. Nous nous sommes donc retrouvés seuls face à ce qui nous tombait dessus : des groupes d’émeutiers ultra-violents  qui se sont déversées boulevard Malesherbes, place de la Madeleine, boulevard Haussmann, rues de Miromesnil et de Penthièvre, jusqu’au marché Treilhard.

Nous avons sans doute été moins touchés que les Xe et XIe arrondissements, mais nous avons pris notre part. J’ai eu l’impression de revivre les Gilets jaunes, en pire. Il y avait beaucoup de jeunes, beaucoup plus violents, ce qui exigeait une anticipation sans faille de la part des pouvoirs publics.


Vous mettez directement en cause la stratégie de la Préfecture de police ?

Le manque de préparation de l’ensemble des pouvoirs publics concernés était manifeste. On ne nous a pas précisé, par exemple, qu’il existait un protocole de sécurisation des mairies d’arrondissement, lesquelles peuvent constituer des cibles. Il faut notamment les rendre moins visibles, éteindre les lumières, fermer les volets… Nous n’en savions rien ! Nous avons plus de 470 chantiers dans l’arrondissement, avec des barrières partout, des vélos en libre-service qui ont servi à faire des barricades. Rien n’avait été retiré. Avec le recul, je me demande comment tout cela a pu être possible.

Le préfet de police a reconnu que le dispositif avait été dimensionné en fonction des renseignements dont il disposait. Une mairie responsable doit aussi travailler de concert avec l’État pour « nettoyer » l’espace public en amont de ces manifestations à risque, une culture de la prévention qui a fait défaut à la Mairie de Paris en amont du 17 octobre.


Le préfet a également invité les commerçants à recourir à des dispositifs de sécurité privée. Comment avez-vous accueilli cette déclaration ?

L’État ne peut pas sous-traiter ses missions régaliennes. Ce serait une dérive inacceptable.  Ce serait le signe d’une forme, sinon de renoncement, du moins de constat que nous entrons dans une période où chacun va devoir s’organiser pour se défendre. Cela a été très mal perçu par les commerçants. J’ai pu avoir des échanges avec le préfet. Il dit beaucoup : « J’assume. » Mais la première épreuve du feu n’a  pas été concluante. La sécurité est le premier des droits, il appartient à la puissance publique, et à elle seule, de l’assurer.


Aujourd’hui, beaucoup de commerçants disposent de vidéosurveillance : ils assistent depuis leur canapé, en direct, au saccage de leur boutique. C’est extrêmement traumatisant.

Vous êtes allée à la rencontre des commerçants victimes des pillages, notamment avec Bruno Retailleau. Qu’avez-vous découvert ?

Nous avons volontairement privilégié les petits commerçants plutôt que les grandes enseignes de l’avenue Montaigne ou des Champs-Élysées. Il est particulièrement bouleversant de rencontrer des gens qui voient le fruit du travail de toute une vie partir en fumée. Nous avons vu un opticien pillé, un supermarché G20 vandalisé, un couple de restaurateurs endettés jusqu’au cou, dont la brasserie avait été menacée. Les opticiens et les buralistes ont été particulièrement ciblés.

Près de la gare Saint-Lazare, un buraliste a été complètement dévalisé. Aujourd’hui, beaucoup de commerçants disposent de vidéosurveillance : ils assistent depuis leur canapé, en direct, au saccage de leur boutique. C’est extrêmement traumatisant. Ces commerçants sont le poumon économique de Paris ; les abandonner, ce serait condamner l’attractivité de notre ville.


Certains habitants et commerçants envisagent-ils désormais de se défendre eux-mêmes ?

Le désespoir des Parisiens est immense et la ligne rouge de l’auto-défense pourrait être franchie par certains d’entre eux.  Pour le moment, ce sont essentiellement des atteintes aux biens, mais nous sommes à la limite. Nous avons recueilli plusieurs témoignages d’intrusions dans des halls d’immeubles. Beaucoup d’habitants restent profondément marqués par les violences des Gilets jaunes. En tant qu’élue, mon devoir est de leur apporter des garanties d’ordre pour qu’ils n’aient jamais à envisager l’extrémité de se faire justice eux-mêmes.


Un individu est entré dans un magasin de plongée sous-marine du VIIIe pour acheter un fusil de chasse sous-marine en expliquant qu’il voulait « tuer du flic ». Il a été mis dehors.

Vous avez aussi alerté les autorités sur la présence d’armureries dans votre arrondissement. Pourquoi ?Nous en avons au moins trois ou quatre. C’est un point de vigilance majeur. Je peux vous raconter une anecdote inquiétante : quelques jours avant les violences, un individu est entré dans un magasin de plongée sous-marine du VIIIe pour acheter un fusil de chasse sous-marine en expliquant qu’il voulait « tuer du flic ». Il a été mis dehors. On l’a ensuite retrouvé au Vieux Campeur, dans le Ve arrondissement, où plusieurs individus cherchaient à acheter du matériel du même type. La police est intervenue. Cela montre combien certains commerces sensibles doivent être protégés.


Vous avez vous-même parcouru les rues de votre arrondissement au milieu des affrontements. Qu’avez-vous vu ?Une violence inouïe. Place de la Madeleine, le magasin Kenzo venait d’être pillé. Des jeunes couraient les bras chargés de marchandises, poursuivis par les CRS. J’ai vu un individu desceller des pavés et je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander ce qu’il faisait. J’ai ressenti une colère profonde, mais surtout la détermination absolue de la nécessité de rétablir de toute urgence l’autorité républicaine.  Mon mari a été bousculé, son téléphone a volé en l’air. Nous nous sommes retrouvés dans les gaz lacrymogènes…


Avez-vous eu le sentiment d’assister à une explosion de violence sociale, dirigée contre les quartiers réputés bourgeois ?

Il y avait une volonté de détruire les symboles de notre économie . Nous avons vu beaucoup de tags appelant à une guerre sociale. L’Élysée était extrêmement protégé et les casseurs, ne pouvant pas y accéder, se sont rabattus sur les rues adjacentes. Nous avons assisté à de véritables affrontements avec les CRS boulevard Haussmann, rues de Miromesnil et de Penthièvre. Mais il faut rappeler à ceux qui prétendent s’en prendre aux riches que les commerçants du VIIIe n’y habitent pas nécessairement. Ils viennent de partout pour travailler. Ce sont des opticiens, des buralistes, des restaurateurs, des employés de supérettes. Ce sont eux qui paient le prix de ces violences.


Nous n’étions pas face à une explosion de colère spontanée, mais face à une criminalité structurée qui appelle une réponse pénale implacable.

Avez-vous été surprise par le profil des casseurs ?Oui, dans une certaine mesure. Il y avait beaucoup de jeunes femmes, extrêmement violentes. Cela nous a beaucoup étonnés. Nous avons fait face à une haine pure. Les pillages semblaient très organisés. Des habitants nous ont raconté avoir vu des motos effectuer des repérages, puis des individus venir récupérer les marchandises sorties des magasins. Certains cartons étaient entreposés sous des voitures avant d’être emportés. Nous n’étions pas face à une explosion de colère spontanée, mais face à une criminalité structurée qui appelle une réponse pénale implacable.

Quelles mesures réclamez-vous pour éviter que de telles scènes se reproduisent ?La tolérance zéro. Je demande l’interdiction des rassemblements sur les Champs-Élysées, qui sont devenus un symbole et un lieu de défoulement. Il faut aussi réfléchir à la fermeture des stations de métro lorsque les circonstances l’exigent, développer les moyens de surveillance et envisager la reconnaissance faciale. Nous devons également doter Paris d’une véritable Police municipale, pleinement armée et intégrée dans un continuum de sécurité avec la police nationale.  Les Parisiens sont à bout. Ils veulent pouvoir vivre et travailler tranquillement.


Avez-vous encore confiance dans la capacité de l’État à assurer l’ordre public ?

J’ai envie de continuer à croire que la France est un pays fort, que nous avons les moyens d’assurer la sécurité des habitants et de protéger les équipements publics. Mais l’inaction actuelle est coupable . Il y a eu une forme de naïveté. Aujourd’hui, les habitants sont très en colère et la confiance s’effrite.  C’est précisément pour cela que nous devons bâtir une alternative crédible et ferme pour la France et Paris. L’ordre public n’est pas une option, c’est le socle de notre société, et la droite est prête à en assumer la responsabilité.

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