Compte-rendu du Conseil de Paris des 19-20 mai 2026 : une exigence pour notre capitale
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Le Conseil de Paris qui vient de s'achever a, une fois de plus, mis en lumière deux visions différentes de notre capitale (ordre du jour ici et ici). D'un côté, un exécutif municipal - quoi qu'il en dise - enfermé dans ses dogmes, qui gère le déclin de Paris avec une froideur bureaucratique sidérante. De l'autre, notre groupe "Paris Liberté !", dont les collègues se battent pied à pied, vœu après vœu, pour redonner du souffle, de la sécurité, de la fluidité, de l'équité, de la beauté à notre ville.
Une ville n'est pas un concept abstrait, c'est un organisme vivant. Et aujourd'hui, cet organisme souffre. Lors de ces deux jours de débats, je suis montée au créneau sur plusieurs urgences pour notre arrondissement et pour tout Paris. Voici ce que nous avons défendu, sans concession.
Sommaire
Fermetures de classes : protéger nos écoles de la politique du vide
Affelnet : rétablir l'équité pour nos collégiens face à la tyrannie d'un algorithme
Espace public et propreté : finissons-en avec le laboratoire idéologique
Place de Clichy : pour un réaménagement global et concerté
Gaz hilarant et rodéos : siffler la fin de l'impunité sur les Champs-Elysées
Fermetures de classes : protéger nos écoles de la politique du vide
Une ville qui perd ses familles est une ville qui capitule. En dix ans, 140 000 Parisiens ont fui notre capitale - dont 18 000 pour la seule année 2025 -, faisant de Paris la triste capitale de l'exode urbain. C'est l'équivalent de la ville du Mans qui a purement et simplement déserté ! Ce sont nos familles qui fuient en premier, et avec elles, nos écoles se vident : les effectifs ont fondu de 15 % depuis 2014, soit 39 000 élèves évaporés. C'est ce que j'ai rappelé dans mon intervention au nom du groupe "Paris Liberté !" dans le débat organisé sur les fermetures de classes.
Face à cette crise, la faucheuse administrative frappe sans relâche. Mais ne nous trompons pas de cible : le Rectorat n’est pas le coupable, il est seulement contraint de composer avec la douloureuse réalité façonnée par la majorité municipale depuis 25 ans. Sous l'ancienne mandature, 520 classes ont été supprimées, et 141 fermetures ont encore été actées dans le premier degré pour la seule rentrée 2025.
Depuis 2014, les écoles parisiennes se vident. Les effectifs ont fondu de 15 %. 39 000 élèves se sont évaporés, dont 15 000 rien que depuis 2020. À la rentrée 2025, nous avons encore perdu 3 200 élèves dans le premier degré et 1 100 dans le second.
Dans notre 8e arrondissement, nous subissons de plein fouet cette gestion froide et désincarnée. Je pense avec gravité aux projets de fermetures inacceptables qui menacent l'école Florence et l'école Robert Estienne. Fermer ces classes, c'est dégrader l’enseignement, saboter le suivi individualisé et sacrifier les élèves les plus vulnérables, à commencer par ceux en situation de handicap. C'est, au fond, l'égalité des chances qui est passée à la broyeuse !
Mais la folie idéologique de la gauche ne s'arrête pas là . La guerre municipale contre l’enseignement privé reprend de plus belle. Le crime de ces écoles ? Être demandées par des familles qui cherchent simplement mieux pour leurs enfants... La majorité parisienne rêve désormais à supprimer des classes dans le privé, voire à couper les financements légalement dus à Stanislas. La nouvelle majorité municipale parisienne ne supporte ni le mérite, ni la concurrence, ni l’ascenseur social. Son idéal reste tragiquement inchangé : que tout le monde coule ensemble, mais dans une parfaite égalité.
Face à cela, la Ville répond par un désinvestissement absolu, divisant par deux ses budgets pour nos 626 écoles publiques depuis 2014. Quel cynisme. Nous proposons une alternative concrète : recentrons d'urgence les investissements municipaux sur la rénovation du bâti de nos établissements qui tombe en ruine, et faisons des classes qui se vident des lieux d'accueil solidaires pour les associations œuvrant dans le domaine du handicap. Pour inverser la vapeur et mettre fin aux scandales qui sévissent trop souvent dans le périscolaire parisien, la résignation n'est pas une option.
Par chance, le 8e n'est pas concerné et je tiens personnellement à saluer le professionnalisme et le dévouement des acteurs du périscolaire dans notre arrondissement. Mais dans d'autres arrondissements, le périscolaire parisien est en échec, entre pénurie de personnel, opacité institutionnelle et déni de la Ville. La récente révélation par la presse de l'embauche d'un animateur pourtant déjà accusé de violences sexuelles prouve cette dérive inacceptable. Pour protéger nos élèves, une seule issue : le retour à la semaine de 4 jours pour recruter, enfin, des professionnels qualifiés et dignes de confiance. Notre pugnacité a toutefois fini par payer. Depuis deux mois, notre groupe exigeait le lancement d'une Mission d'information et d'évaluation (MIE) transpartisane sur le scandale du périscolaire à Paris. Elle est enfin acceptée. C'est une condition absolue pour réformer ce système.
Nous devons redonner de la qualité au temps de l'enfant et rompre avec des rythmes qui épuisent les élèves et désorganisent les foyers. Nous exigeons le retour à la semaine de quatre jours pleins (lundi, mardi, jeudi et vendredi, de 8h30 à 16h30) afin de sanctuariser le mercredi pour en faire un temps périscolaire de haute qualité, encadré par des professionnels qualifiés. Enfin, pour stabiliser nos équipes, loger ceux qui instruisent et encadrent nos enfants doit devenir la priorité des priorités pour l'accès au logement social. L’école publique n’est pas un centre de coûts, c’est le cœur battant de notre République. Redonnons enfin aux familles un Paris sûr, attractif et protecteur, un Paris qu’elles n’auront plus jamais envie de fuir.
Affelnet : rétablir l'équité pour nos collégiens face à la tyrannie d'un algorithme
J'ai tenu à associer ma collègue Inès de RAGUENEL à mon voeu et à mon intervention sur ce sujet, car le constat que nous dressons ensemble est accablant. À l'origine, Affelnet devait être un outil de justice, garantissant un équilibre subtil entre mérite, proximité géographique et origine sociale. Aujourd'hui, les chiffres nous hurlent que cet équilibre est rompu ! Le récent classement publié par Le Figaro, basé sur l'Indice de Position Sociale (IPS), le prouve : la réforme est un naufrage. En voulant forcer la mixité sociale, la gauche a provoqué exactement l'inverse : une fuite accélérée des familles vers l'enseignement privé.
Les données donnent le vertige. Dans le top 100 des établissements les plus favorisés d'Île-de-France, le nombre de lycées privés est passé de 73 à 83 entre 2020 et 2026, et l'IPS moyen de ces lycées parisiens a bondi de 134 à 143. Pendant ce temps, on assiste à un nivellement par le bas dramatique : nos fleurons publics s'effondrent. Henri-IV dégringole de la 37e à la 74e place, et Louis-le-Grand recule de la 86e à la 90e ! Pourquoi ? Parce que le cœur de la machine est vicié par ce fameux IPS. Dans le 8e arrondissement, comme dans les autres arrondissements centraux, nos collégiens, même excellents, n'ont plus aucune chance d'accéder à leur lycée de quartier. Leur origine géographique agit comme un "malus" couperet ; le bonus IPS de leur collège écrase tout le reste.
Certes, nous saluons les progrès actés par le rectorat pour 2026, comme la fin de cette magie comptable absurde où un 15 valait un 20 et le retour à l'évaluation des notes au réel. Mais ne nous y trompons pas, ce n'est qu'une rustine sur un système opaque. Tant que le bonus IPS primera, les effets de bord resteront graves : des familles angoissées, des élèves lancés dans une course infernale à la surperformance et une pression intolérable sur la notation des professeurs.
Avec les élus du groupe "Paris Liberté !", nous exigeons d'ouvrir la "boîte noire". Nous réclamons une transparence absolue du nouvel algorithme pour dissiper ce brouillard institutionnel. Nous plaidons activement pour une réduction drastique du poids de cet IPS, afin que le travail et les résultats scolaires redeviennent la boussole prioritaire de l'affectation. Enfin, il faut réviser en urgence cette sectorisation géographique injuste pour rendre à nos élèves un accès naturel à leurs lycées de proximité. Il est grand temps d'arrêter de pénaliser l'excellence !
Espace public et propreté : finissons-en avec le laboratoire idéologique
Les Parisiens n'attendent de nous qu'une seule chose : régler les problèmes les uns après les autres. Au premier rang d'entre eux : la propreté. Le constat est accablant : 85 % des Parisiens considèrent que leur ville est sale. Paris est devenu le révélateur de 25 ans d'improvisation municipale : saleté, insécurité, circulation illisible, mobilier dégradé, beauté sacrifiée. Et le plus incroyable ? Avec sa communication relative à l'entretien, l'amélioration et la transformation de l'espace public parisien, la majorité a feint aujourd'hui de découvrir les conséquences de ses propres choix...
Non, l'espace public n'est pas un laboratoire idéologique ! C'est le lieu de vie quotidien de millions de Parisiens qui exigent moins de communication et davantage d'efficacité. Le sens de l’histoire commande de confier aux Maires d’arrondissement toute la gestion de proximité, car ils connaissent les vrais besoins du terrain. Pour un Paris propre, des solutions existent. La privatisation totale du nettoiement et de la collecte des déchets est une mesure de bon sens qui permettrait d'économiser 50 M€/an pour une qualité de service supérieure ! Le droit au beau passe déjà par le devoir de savoir entretenir nos rues. C'est aussi pour cela que mon collègue Jérémy REDLER a exigé la création d’une brigade "urgence propreté" dédiée aux dépôts sauvages, dotée d’un camion spécifique, pour intervenir 7j/7 à la demande du Maire d'arrondissement. Enfin, l’esthétique d’une ville ne se décrète pas depuis un bureau. Elle se construit avec des spécialistes. En refusant une instance collégiale, le Maire de Paris fait le choix de la verticalité hors-sol plutôt que du dialogue.
Place de Clichy : pour un réaménagement global et concerté
La place de Clichy est un carrefour stratégique, un nœud névralgique à la croisée de quatre arrondissements (le 8e, le 9e, le 17e et le 18e). Pourtant, ce pôle de mobilité historique est aujourd'hui asphyxié, victime d'une gestion au coup par coup qui relève du cautère sur une jambe de bois.
Il est temps de mettre un terme définitif au traitement fragmenté de cet espace public. Nous avons porté un vœu, avec mes collègues Maires des arrondissements voisins, Delphine BÜRKLI et Geoffroy BOULARD, pour exiger une méthode nouvelle. Un tel chantier ne peut pas se faire en catimini ou de manière désordonnée. Nous avons formellement demandé à la Ville de Paris de lancer dans les plus brefs délais une grande concertation élargie inter-arrondissements.
Notre objectif est double : fluidifier la circulation générale qui frise l'infarctus quotidien, et mieux partager l'espace pour protéger nos usagers vulnérables, qu'ils soient piétons ou cyclistes. Pour garantir l'efficacité de ce projet, nous avons exigé la création d'un comité de pilotage permanent, co-piloté personnellement par les Maires des quatre arrondissements concernés. Nous serons intraitables sur le suivi de ce dossier vital pour l'attractivité du nord de notre arrondissement.
Gaz hilarant et rodéos : siffler la fin de l'impunité sur les Champs-Elysées
Chaque week-end, la plus belle avenue du monde est transformée par une minorité de délinquants en zone de non-droit. La consommation de protoxyde d'azote (le fameux "gaz hilarant", qui ne fait plus rire personne) couplée à des conduites dangereuses et des rodéos urbains est devenue un fléau intolérable. Cette combinaison explosive menace directement la vie des Parisiens, des visiteurs, et empoisonne le quotidien de nos riverains et commerçants.
Face à cette délinquance routière qui banalise la mise en danger de la vie d'autrui, mon Premier Adjoint, Eric SCHAHL, et moi avons exigé dans un voeu que la Ville décrète une politique de tolérance zéro. Il faut soutenir massivement les effectifs de terrain de notre Commissariat. Nous avons réclamé un déploiement massif de la Police municipale chaque week-end pour des opérations "coup de poing", ainsi que la saisie et la mise en fourrière systématique de tout véhicule impliqué dans ces agissements.
Mais il faut aller plus loin en frappant à la source : cibler les vendeurs à la sauvette et les commerces peu scrupuleux, et surtout, saisir le Gouvernement pour que la consommation de ce gaz au volant devienne une circonstance aggravante majeure au pénal, au même titre que l'alcool ou les stupéfiants. La recréation est terminée.
Préserver la Concorde : l'Histoire ne se privatise pas
Enfin, j'avais prévu d'intervenir à l'occasion de la communication du Maire de Paris sur l'espace public pour dénoncer la dérive inquiétante que subit la place de la Concorde. Joyau absolu de notre architecture classique et de notre héritage historique, ce site majestueux subit une suroccupation événementielle et commerciale sans précédent.
Sous couvert d'animations, la Ville multiplie les concessions qui privatisent l'espace public et dénaturent l'esthétique même de ce monument à ciel ouvert. Une place historique n'est pas un parc d'attractions ni un panneau publicitaire géant ! Notre devoir est de préserver la majesté de l'espace parisien, de respecter l'intégrité de ses perspectives et de protéger la tranquillité de ceux qui y vivent. Nous avons fermement demandé l'instauration d'une charte stricte pour réguler drastiquement ces événements. Le rayonnement de Paris passe par l'élégance et la préservation de son histoire, non par sa marchandisation frénétique.
Dans cette même logique de vigilance absolue sur notre domaine public, mon collègue Pierre LISCIA est d'ailleurs intervenu sur les problèmes que soulève l'attribution du contrat de concession pour l'organisation du Marathon et du semi-marathon de Paris pour les éditions 2027 à 2030.