Sécurisation de la rue de Ponthieu : adoption d'un vœu en Conseil du 8ème arrondissement



La rue de Ponthieu, arrière-cour mal famée des Champs Elysées


Conseil du 8ème arrondissement du 28/11/2017.


Voeu présenté par Mesdames Catherine LECUYER, Eve DESBONNETS, Sophie BOYER CHAMMARD, Monsieur Marc PACHECO, relatif à la sécurisation de la rue de Ponthieu


Mme d'HAUTESERRE : Je mets aux voix ce voeu déposé hors délai pour savoir si on peut en discuter. Tout le monde l'a sous les yeux ? Parfait, on peut en débattre, on écoute Mme LECUYER.


Mme LECUYER : Madame le Maire, nous avons assisté vendredi à un conseil de quartier mouvementé, révélateur d'une exaspération croissante des habitants de la rue de Ponthieu et des rues adjacentes. Les habitants n'en peuvent plus et réclament que des mesures exceptionnelles soient prises afin que leur vie quotidienne - de jour comme de nuit - cesse d'être un enfer. Les témoignages sont édifiants : bruits de klaxons, cris, vomis, déjections, rixes entre bandes, trafic de stupéfiants, tout cela lié en partie à la concentration inédite de boîtes de nuit. Tout cela participe au sentiment des riverains de vivre dans une zone de non droit.


Cette situation est indigne et pose de réelles problématiques en matière de sécurité. La proximité des Champs-Élysées et la menace terroriste rendent d'autant plus cruciale la sécurisation des lieux. Pour mémoire, plusieurs fusillades ont eu lieu ces dernières années rue de Ponthieu et le 19 juin dernier, un attentat était perpétré sur les Champs. De plus, Paris se réjouit d'accueillir les J.O. en 2024 ce qui signifie un afflux de touristes dans les quartiers phares de la capitale et bien sûr sur les Champs-Élysées.


Il est donc temps qu'une réflexion ambitieuse soit menée pour réaménager dans son ensemble la rue de Ponthieu. En 2016, le projet « Pacifier les Champs-Élysées le soir » a été voté dans le cadre du budget participatif et 300 000 euros lui ont été alloués. Or, le projet qui nous a été présenté par la Ville vendredi est loin du projet souhaité. Seul le tronçon de rue situé entre la rue du Colisée et la rue de La Boétie serait réaménagé alors que c'est la rue dans son ensemble qui mérite d'être revue pour un budget sans doute beaucoup plus important que les 300 000 euros prévus. Mais c'est à la Ville de prendre ses responsabilités et de débloquer les moyens nécessaires à un projet qui pour le moment n'a fait l'objet d'aucune discussion avec les élus, riverains, commerçants, etc.


C'est la raison pour laquelle nous demandons par ce vœu :


- qu'une réflexion collégiale soit organisée avec toutes les autorités compétentes sur ce dossier la direction de l'urbanisme, de la voirie, de la propreté, le préfet de police, le commissaire du 8°, les élus du 8°, les représentants des habitants, commerçants et gérants d'établissements de nuit ;


- la présentation d'un projet ambitieux de modification précise et complet de toute la rue de Ponthieu issu du projet voté en 2016.


Mme d'HAUTESERRE : En tout premier lieu, je tiens à saluer l'action conjuguée de la Préfecture de police et du Parquet de Paris concernant la rue de Ponthieu.


Ce secteur fait l'objet et les riverains le savent, de toute l'attention des services de Police depuis ces derniers mois. Les éléments que je vais vous donner m'ont été communiqués par Madame SOBRY, commissaire divisionnaire de cet arrondissement


Toute la semaine, une vigilance particulière y est observée, et le week-end (vendredi, samedi, dimanche soir et lundi matin) des opérations particulières de sécurisation y sont organisées.


Ainsi en 2017, la police a mené 129 opérations ciblées amenant le contrôle de 7 649 personnes et de 2 202 véhicules. Ces contrôles, ont conduit à 597 verbalisations pour diverses raisons, et ont amené l'interpellation de 137 individus pour des motifs tels que : stupéfiants, coups et blessures volontaires, fiches de recherche ou encore port d'arme prohibée (essentiellement des couteaux et en nombre restreint, cette fois). Chaque week-end, le commissariat, et je tiens à saluer le travail de Madame Muriel SOBRY et de Monsieur Pierre CABON, Commissaire adjoint, bénéficie aussi du renfort d'autres unités telles que les BAC Nuit ou encore les CRS. Il y a donc sur ce secteur une très grosse activité et une forte présence policière.


Dans le même ordre d'idée, qui est d'imposer et de préserver l'ordre républicain sur ce secteur, des opérations d'enlèvements de véhicules ont régulièrement lieu et, depuis le début de l'année, les services de police ont procédé à 540 verbalisations de véhicules mal stationnés et enlevé 293 voitures.


En plus de tout cela, l’UPA (Unité de Police Administrative) organise des contrôles très réguliers sur les divers établissements de sa compétence afin de s'assurer du respect des réglementations en vigueur.


Madame SOBRY, Monsieur CABON et moi-même sommes personnellement en contact régulier avec différents riverains afin de répondre au mieux à certaines problématiques plus particulièrement les rixes.


Bien sûr, des problèmes persistent, principalement liés aux établissements de nuit et à la clientèle de ces derniers. Comme vous le savez, ces établissements sont installés dans ce quartier depuis pratiquement une vingtaine d'années. Comme je l'ai dit lors du dernier conseil de quartier, nous ne pouvons pas régler les problèmes en trois ans – depuis mon arrivée – et Monsieur le Maire, vous le savez très bien, à l'époque vous avez été interpellé par un certain nombre de riverains et la réponse était malheureusement « Nous sommes dans l'opposition, nous ne pouvons rien faire ». Donc, j'ai essayé dans la mesure du possible d'interpeller le Préfet...


M. LEBEL : Non. Vous n'êtes pas dans l'opposition donc vous avez fait quelque chose.


Mme d'HAUTESERRE : Oui, j'ai fait. J'ai effectivement interpellé le Préfet pour faire évoluer la situation.


M. LEBEL : Les riverains se plaignent quand même.


Mme d'HAUTESERRE : Oui, les riverains se plaignent parce que rien a été fait depuis 30 ans !


M. LEBEL : Ce que vous racontez là, je l'entendu 100 fois. On dirait une réponse de la Préfecture de police : 597 verbalisations. C'est vrai, ils ne parlent pas des 12 800 qu'ils n'ont pas faites. 137 interpellations, c'est bien mais les 850 qu'ils auraient dû faire, ils n'en parlent pas. Alors, il faut arrêter de vous bercer avec ce genre de truc...


Mme d'HAUTESERRE : C'est quand même mieux que rien du tout. Faire bouger les choses nécessitent des décisions politiques...


M. LEBEL : ... qu'on entend tous les jours à l'Hôtel de Ville, dans les réponses du Préfet de police. La question c'est que dans ce quartier, c'est une pagaille sans nom tous les soirs depuis 30 ans et que personne n'arrive à y faire quelque chose parce que la police s'en moque éperdument, continue à donner des autorisations de nuit à des établissements qui ne devraient pas les avoir et que dans la mesure où la Préfecture de police et la direction – je ne sais plus son nom - qu'on appelait autrefois la police des moeurs sont très contents d'avoir ces boîtes de nuit dans lesquelles ils ont des indicateurs sur tout ce qui se passe à droite ou à gauche. Ça suffit. Tant que le Préfet de police ne voudra pas mettre de l'ordre rue de Ponthieu, il n'y aura pas d'ordre rue de Ponthieu. Il faut qu'on le dise une fois pour toute et qu'on arrête de tourner autour du pot.


Mme d'HAUTESERRE : Des fermetures d'établissements ont eu lieu cette année et nous en attendons d'autres. L'établissement l'Elysée-Orient a écopé de 2 mois de fermeture administrative parce qu'il y a eu une fusillade. Comme vous le savez, ces établissements sont dotés d'avocats très pointus qui, à la virgule près, arrivent à les faire ouvrir malgré les sanctions. Cependant, nous observons tout de même une amélioration : moins de rixes et un envahissement moins important de la chaussée.


Pour autant tout n'est pas réglé et j'y travaille en contact régulier avec le Parquet de Paris et la Préfecture. Je rencontre d'ailleurs, le Directeur de cabinet du Préfet demain et le Procureur de la République, jeudi. Ainsi, tout est mis en oeuvre pour que ce quartier retrouve sa tranquillité.

Enfin, je vous rappelle que nous avons toujours pour objectif d'aménager la rue de Ponthieu. Quelques mois après mon arrivée en 2014, au mois de novembre, le Comité des Champs-Élysées a proposé à la Ville de Paris, un projet très ambitieux pour ré-urbaniser les Champs-Élysées et les rues adjacentes, avec l'aide d'un grand architecte Jean-Noël VIGUIER.


Malheureusement en 2015, ont eu lieu les premiers attentats. Les investisseurs ont reculé.


Cela ne veut pas dire que ce projet piloté par Comité des Champs-Élysées ne sera pas étudié de nouveau. J'ai demandé que vous soyez associés. Notre objectif, c'est bien sûr de réaménager la rue de Ponthieu et d'ailleurs vendredi soir, une esquisse a été proposée lors du Conseil de quartier. Je plains vraiment le fonctionnaire qui était là. Il a été laminé. Il a présenté une esquisse. Il était venu me voir la veille et je lui ai proposé de montrer son travail qui n'était pas du tout un projet ficelé, fini. J'aurai mieux fait de m'abstenir. C'est un projet qui va être construit collectivement, on est bien d'accord.


Mme LECUYER: C'est dire le ras-le-bol des gens.


Mme d'HAUTESERRE : La rue de Ponthieu a bénéficié dans le cadre du budget participatif de 300 000 euros. Donc, cet argent existe, ce projet sera présenté à l'association Ponthieu d'abord et les riverains. J'ai à cette occasion proposé un référent sécurité pour être l'interlocuteur auprès du commissariat de police. C'est un monsieur qui est très vigilent sur tout ce qui se passe dans le quartier. Il habite sur place. Il m'envoyait des vidéos lorsqu'il y avait des rixes. Cela permettra à Madame SOBRY, le Commissaire, d'avoir les éléments visuels parce qu'il faut aussi du visuel pour agir concrètement. Voila comment les choses vont s'organiser.


Mme BARLIS : Moi, je n'ai pas peur de la concertation et de la population. J'étais prête à le voter puisque je me dis, plus il y a de concertation mieux c'est. Mais quand je vois le détail des considérants, que la Ville de Paris doit prendre ses responsabilités, etc. là, j'ai envie de dire que ça ne va plus. Il ne faut pas exagérer, c'est quand même un sujet sur lequel tout le monde travaille. C'est pour ça aussi que je me suis battue pour les gens de la rue de Ponthieu pendant trois ans pour avoir le contrat local de sécurité et j'en ai posé des questions, vous le savez. Résultat, on arrive au bout de trois ans avec un demi-paragraphe sur la rue de Ponthieu donc ne me dites pas que la rue de Ponthieu est une de vos priorités. Par contre, maintenant, sous la pression de l'association, je me félicite de cette prise en charge car ils ont pris une excellente initiative parce qu'ils sont maintenant des interlocuteurs incontournables pour vous, pour la Ville de Paris, pour la Préfecture de police et cela va permettre de faire avancer les choses parce qu'il y a une personne référente qui peut être consultée et avec qui on peut travailler.


Vous revenez sur le projet du Comité des Champs-Élysées. Mais vous vous rendez compte de ce que vous nous dites Madame le Maire ? Vous nous dites peut-être on y reviendra. Mais, moi je me souviens parfaitement de cette réunion. La référente de l'époque - qui depuis a changé - a dit « mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? On est le conseil de quartier de la rue de Ponthieu, on ne nous associe pas, on n'est absolument pas d'accord avec le projet du Comité des Champs-Élysées », Effectivement, il faut des réunions publiques, il faut travailler avec les gens. Donc, attention à ce qu'on fait. Si vous vous en teniez à un fonctionnement normal des conseils de quartier à savoir à laisser le bureau du conseil de quartier faire son ordre du jour, convoquer les services qu'il a envie de convoquer, on n'en arriverait peut-être pas là.


Mme d'HAUTESERRE : Madame BARLIS, je vais répondre à la deuxième...


Mme BARLIS : Je ne le voterai pas parce que les considérants me posent problème.


Mme d'HAUTESERRE : Vincent BALADI.


M. BALADI : Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit par Madame BARLIS. Il y avait quand même certaines inexactitudes - je suis désolé – notamment par rapport à l'association Ponthieu d'abord, par rapport au projet. On a bien sûr rencontré plusieurs fois l'association, il y a eu de la concertation. Je rappelle que le projet du Comité des Champs date de novembre 2014. On est élu en avril 2014. À cette réunion, on a découvert ce projet mené par le Comité des Champs Elysées. Aujourd'hui, on est très content que ce soit repris à la fois par le conseil de quartier...


Mme BARLIS : Pas qu'il va peut-être ressortir un jour.


M. LEBEL : En attendant, rien ne change pour autant.


M. BALADI : ... et qu'on ait voté aussi dans le cadre du budget participatif et qu'on ait soutenu aussi ce projet de pacification à 300 000 euros.


M. LEBEL : C'est quoi ce projet de pacification ?


Mme d'HAUTESERRE : C'est le projet participatif.


M. LEBEL : Ce n'est pas trois pots de fleurs au milieu de la rue de Ponthieu qui vont pacifier la ville et empêcher les voyous de venir avec des Kalachnikovs ou des pistolets ou des revolvers. C'est ridicule.


M. BALADI : C'est un bon début 300 000 euros.


M. LEBEL : C'est un bon début pour faire quoi ? Moi, je constate que les riverains sont toujours aussi énervés. Vous parlez les uns et les autres et il ne se passe rien comme il ne se passe rien depuis 20 ans. C'est tout. Parce que la Préfecture de police continue à tolérer ces établissements de nuit concentrés dans la rue de Ponthieu.


M. BALADI : Monsieur le Maire honoraire, on est totalement d'accord. Je rappelle que dans la rue de Ponthieu, il y a plus de 17 établissements de nuit installés depuis une vingtaine d'années et il y a des licences IV qui ont été mises en place. Dès 2016, , Mme le Maire a incité la préfecture de police à prendre un arrêté qui cristallise les licences IV sur la rue de Ponthieu et la rue Pierre-Charron. Ça, ça a été fait, c'est du concret. Par contre pour les licences IV obtenues par les établissements et les boîtes de nuits qui, sont déjà là, comme vous le savez, la seule chose qu'on peut faire c'est des fermetures administratives et comme l'a dit très justement Madame le Maire, ils ont une armada d'avocats. C'est exactement comme le principe de précaution, c'est en justice qu'ils gagnent bien souvent, mais je peux vous dire, qu'on essaye de se battre. Et je suis très heureux aujourd'hui que certains élus s'emparent du sujet avec des attendus sur lesquels je suis totalement d'accord puisqu'on enfonce des portes ouvertes : oui, il y a un problème rue de Ponthieu. Tous les soirs, à partir du jeudi jusqu'au dimanche, on est saisi par toutes ces infractions. Je suis en contact permanent, comme Madame le Maire, avec les membres du conseil de quartier. Je rappelle aussi qu'il y a eu un filtrage de nuit et notamment une piétonisation de faite. Et enfin, j'ai juste une question par rapport au veu : vous le savez aussi bien que moi, le monde de la nuit est un milieu particulier, si on associe les gérants des établissements de nuit aux représentants des habitants, ce n'est pas sûr qu'on ait les réponses que vous attendez ou peut-être encore une fois, vous voulez juste faire une polémique politique...


Mme LECUYER : C'est important de les associer à la réflexion. On ne peut pas faire sans puisqu'ils sont un des nœuds du problème.


M. BALADI : Ils sont associés dans le cadre du conseil parisien de la nuit.


Mme LECUYER : C'est bien peut-être (propos inaudibles).


M. LEBEL : C'est de la parlotte tout ça.


Mme d'HAUTESERRE : Je mets donc aux voix ce voeu. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ?


A LA MAJORITE (5 voix), le Conseil d'arrondissement donne un AVIS FAVORABLE au texte énoncé ci-dessus.


Suffrages exprimés POUR le projet: 5 (Mme Catherine LECUYER, M. Marc PACHECO, Mme Sophie BOYER CHAMMARD, Mme Eve DESBONNETS, M. François LEBEL)


Suffrages exprimés CONTRE le projet : 4 (Mme Jeanne d'HAUTESERRE, M. Vincent BALADI, M. Grégoire GAUGER et le pouvoir de Mme Erika DUVERGER)


ABSTENTION : 1 (Mme Corine BARLIS)

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© 2020 par Catherine Lécuyer